SURVEILLANCE NUMÉRIQUE : POURQUOI LA CONFIANCE DE LA SUISSE EST EN JEU
Des milliards de pertes, des dizaines de milliers d’emplois menacés et des entreprises technologiques qui pourraient quitter massivement la Suisse : voilà le scénario que redoutent les acteurs du secteur face à la révision des lois sur la surveillance. Retour sur un danger silencieux qui pourrait coûter très cher au pays.
Il y a des années la Suisse était un pays où l’État ne venait pas fourrer son nez dans vos affaires sans raison. Ici, on respectait l’anonymat, la confidentialité de nos biens, de notre argent, de nos données.
C’était dans l’ADN, c'était dans l'éducation !!Durant 40 ans, j'ai construit mes entreprises sur cette confiance. Et j’ai pu regarder mes partenaires internationaux et leur dire : « La Suisse, c’est confidentiel, nos données et nos biens sont protégés. »
Aujourd’hui, je ne peux plus dire ça...
Ces révisions de lois sur la surveillance, ces discussions sur l’accès aux données chiffrées, cette logique de « on garde tout au cas où »… tout cela me glace d’effroi et me dégoûte profondément.
Je vois mon pays de naissance sombrer dans un modèle inquisiteur, où plus rien ne sera vraiment confidentiel. Où l’État se donne les moyens de tout savoir, de tout ouvrir, de tout écouter.
Mais le pire, ce n’est pas seulement ce déclin. Le pire, c’est ce que j’observe en voyageant, en travaillant avec des entrepreneurs du monde entier :
De plus en plus de pays sont devenus bien plus sécuritaires que la Suisse pour les personnes honnêtes. Des pays qui, sans fanfaronner, offrent une vraie protection numérique, une vraie neutralité, sans doubles discours.
Et moi, natif de Genève, je me pose une question :
Pourquoi rester dans un pays qui n’est plus ce qu’il promettait ? Qui n’est plus en phase avec nos valeurs ?Si la Suisse continue d’échanger son héritage de confidentialité contre des miettes de surveillance institutionnelle et étatique, elle deviendra ouvertement répressive. Et à ce moment-là, les entrepreneurs honnêtes, ceux qui ne doivent rien craindre, iront chercher la sécurité ailleurs, là où on ne les prend pas pour des coupables par défaut.
En conclusion, qui aurait envie de rester dans un tel pays ?
Pas moi, ni mes nombreux amis entrepreneurs et privés !
Alain Farrugia
Le paradoxe suisse : un coffre‑fort… avec une clé pour l’État ?
La Suisse s’est longtemps vendue au monde comme une mécanique d’équilibre parfait : politiquement neutre, institutionnellement stable, juridiquement prévisible. Pendant des décennies, son avantage comparatif reposait sur une asymétrie simple, la Confédération était perçue comme un sanctuaire pour les capitaux.
Mais le centre de gravité économique mondial a changé.
La valeur ne circule plus principalement sous forme d’argent. Elle circule désormais sous forme de données : données industrielles, médicales, propriété intellectuelle, algorithmes, secrets technologiques, intelligence artificielle. Autrement dit, la richesse moderne ne réside plus seulement dans les coffres‑forts, mais dans les serveurs.
Aujourd’hui, ce modèle est mis à l’épreuve par quelque chose d’infiniment plus structurel : la gouvernance des données.
La révision en cours de l’ordonnance sur la surveillance de la communication par poste et télécommunication (OSCPT) ainsi que de la loi sur la surveillance des télécommunications (LSCPT) obligerait un grand nombre d’opérateurs et d’entreprises tech basés en Suisse à identifier leurs clients et à conserver les métadonnées de leurs communications, afin que les autorités puissent obtenir plus facilement des informations à des fins policières et judiciaires.
Mais cette volonté légitime de lutter contre le terrorisme, la criminalité et les cyberattaques pourrait bien produire l’effet inverse : une perte massive de confiance qui coûterait des milliards à l’économie helvétique.
Une étude alarmiste ? Les chiffres parlent d’eux‑mêmes
Un rapport commandité par la Fondation genevoise pour l’innovation technologique dresse un tableau apocalyptique : des milliards de pertes pour l’économie, des dizaines de milliers d’emplois qui disparaissent et des entreprises technologiques de pointe quittant massivement la Suisse. Loin d’être une simple hypothèse d’école, cette étude met en lumière un mécanisme silencieux mais redoutable.
«Il ne faut pas créer une société de la surveillance», avait lancé en décembre 2025 la conseillère aux États Johanna Gapany (PLR/FR) avant un débat à Berne.
Même la Confédération a pris la mesure du problème. Face aux critiques suscitées par la première consultation, le Département fédéral de justice et police a mandaté une entreprise externe pour réaliser une analyse d’impact de la réglementation. Le Conseil fédéral a d’ailleurs annoncé qu’il allait revoir sa copie et soumettre une nouvelle version à consultation. Mais le mal est‑il déjà fait ?
Pourquoi les entreprises internationales s’inquiètent
Pour une entreprise internationale, le problème n’est jamais uniquement « ce que la loi autorise aujourd’hui ». Le problème, c’est ce que la loi pourrait autoriser demain. Et dans l’économie numérique, cette incertitude est un poison lent.
Les critiques du secteur tech ne portent pas uniquement sur des détails juridiques. Elles touchent un point beaucoup plus profond : la prévisibilité du système. Comme l’explique Marc Loebekken, Head of Legal chez Proton Mail : «Le point très problématique, c’est la conservation généralisée des données, dans l’hypothèse où l’on en aurait besoin un jour». Une approche qui constituerait, selon lui, une violation du principe de proportionnalité, fondamental en droit pénal et en matière de surveillance.
Les entreprises ne se demandent plus : «L’État accèdera‑t‑il à nos données ?». Elles se demandent désormais : «Existera‑t‑il un mécanisme qui pourrait un jour le permettre ?».
Et cette nuance change tout.
L’effet domino : comment une économie numérique se vide silencieusement
Le scénario le plus dangereux ne ressemble pas à une crise financière avec krach et faillites retentissantes. Il est bien plus insidieux. Les économistes parlent d’érosion lente mais cumulative, en cinq phases :
Phase 1 - le doute : les entreprises commencent à diversifier leurs juridictions de stockage. Elles ne ferment rien en Suisse, mais elles ne mettent plus tous leurs œufs dans le même panier.
Phase 2 - l’arbitrage : les données sensibles quittent progressivement les infrastructures locales pour être hébergées ailleurs.
Phase 3 - le transfert stratégique : lorsque les données partent, les équipes techniques finissent par suivre, centres de R&D, ingénieurs cybersécurité, spécialistes en intelligence artificielle.
Phase 4 - le désancrage : les entreprises restent «présentes» en Suisse, mais cessent d’être critiques pour l’écosystème numérique.
Phase 5 - la perte de centralité : la Suisse devient un hub administratif… mais plus un centre numérique stratégique.
Ce scénario, les parlementaires l’ont bien compris. En décembre 2025, le Conseil des États a adopté une motion demandant au Conseil fédéral de revoir en profondeur la révision des ordonnances. Mais le temps presse.
La faille dans le modèle : ce que la Suisse risque vraiment
La spécificité suisse est cruelle : contrairement aux grandes puissances, elle ne peut pas compenser une perte d’attractivité numérique par un marché intérieur massif. Elle vit d’un équilibre fragile : confiance + neutralité + expertise = attractivité globale. Si un seul de ces piliers se fissure, l’équation change brutalement.
Les premiers signaux d’alerte sont déjà visibles. L’extension du périmètre de surveillance inclurait désormais, en plus des opérateurs télécoms classiques, les services de messagerie, de VPN, les solutions cloud et d’e‑mail. Des acteurs comme Proton Mail ou Threema dénoncent une extension excessive du dispositif et pointent une « surveillance de masse ».
Le Conseil fédéral a lui‑même listé les critiques émanant des fournisseurs : «Danger pour les droits fondamentaux et l’état de droit, dépassement de ses compétences, extension massive de la surveillance, caractère disproportionnel, dommages économiques pour la Suisse, risques pour la sécurité des communications, coûts élevés et compétitivité internationale». Une litanie de griefs qui en dit long sur l’ampleur du malaise
ARCAN : quand la souveraineté numérique cesse d’être un slogan
Face à ces craintes, une approche technologique offre aujourd’hui une réponse radicale et définitive : ARCAN. Né du constat que les environnements politiques sont devenus variables et imprévisibles, ARCAN repose sur une idée fondatrice : la sécurité des données ne doit dépendre d’aucune confiance extérieure, ni en un État, ni en une loi, ni en une entreprise.
ARCAN n’est pas un simple logiciel de cybersécurité parmi d’autres. C’est une architecture de souveraineté numérique absolue, totalement hors ligne, conçue pour être la plus sécurisée de niveau militaire. Sa philosophie repose sur des principes fondamentaux :
- Aucune backdoor n’existe, ni ne peut être introduite ;
- Aucune clé maître n’est conservée par qui que ce soit ;
- Aucun mécanisme universel de déverrouillage n’est prévu ;
- Aucun tiers, y compris ses propres concepteurs, ne peut accéder aux données protégées.
Dans cette logique, la sécurité cesse d’être une promesse commerciale ou une déclaration d’intention. Elle devient une impossibilité structurelle d’accès. Et cette différence est immense, car elle est absolue.
Là où d’autres systèmes laissent toujours une porte, technique, juridique ou humaine, ARCAN la supprime définitivement. Son architecture est pensée pour que, quelles que soient les évolutions réglementaires, quels que soient les gouvernements, quelles que soient les pressions géopolitiques, les données restent inaccessibles.
Dans un monde où les États étendent leur capacité d’accès légal ou technique aux données, ARCAN représente le seul contre-modèle viable : non pas une réponse à la cybercriminalité ordinaire, mais une réponse à la perte de neutralité structurelle du numérique.
Pour les entreprises, les institutions et les États qui cherchent un sanctuaire numérique absolu, il n’existe aujourd’hui aucune alternative connue offrant ce niveau de garantie.
La confiance ne se décrète pas
Dans l’économie du XXIe siècle, la confiance n’est pas négociable. Elle est binaire. On lui fait confiance, ou on ne lui fait pas confiance. Et une fois altérée, elle ne se reconstruit pas par décret.
Le danger n’est donc pas la surveillance en soi. Le danger est ce qu’elle détruit silencieusement : la confiance structurelle dans la stabilité numérique du pays. Les capitaux ne fuient pas les impôts, ils fuient les incertitudes systémiques.
Les entreprises ne protestent pas. Les investisseurs ne manifestent pas. Les infrastructures ne font pas grève. Ils arbitrent. Puis déplacent. Puis reconstruisent ailleurs. Et lorsqu’un pays réalise qu’il a perdu sa centralité numérique, il découvre généralement une vérité brutale : la confiance détruite coûte infiniment plus cher que la surveillance n’a jamais rapporté.
La Suisse joue aujourd’hui avec son actif le plus précieux. Et dans une économie fondée sur les données, cet actif pourrait bien disparaître… dans le silence. À moins qu’elle ne choisisse de s’appuyer sur des architectures à la fois souveraines et inaccessibles, seules capables de restaurer une confiance numérique absolue.
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